Quelle forme prendra mon isolement?

Je me sens coincée par cette ironie : j’adore les gens, mais j’ai une batterie sociale incompétente. J’ai besoin d’un bon trois jours de solitude pour complètement me remettre d’une rencontre que je décrirais moi-même comme étant « très agréable ». Le plus étonnant, peut-être, est le temps qu’il m’a fallu pour le réaliser.

J’aurais pu arriver à cette conclusion en 2020, alors que je voyais les traces de la détresse provoquée par le confinement. J’atteignais, de mon côté, une paix et un confort qui me semblaient complètement neufs. Ce n’était pas parfait, je vivais un gros deuil et, en octobre, mon appartement prendrait feu, mais cette forme de joie m’était accessible. Si la rédaction de ma thèse ne m’avait pas rendue si misérable jusqu’à la fin de 2024, je pense que j’aurais capté plus rapidement cette évidence.

Il m’a fallu attendre juin 2025 pour vivre l’une des plus belles expériences de ma vie : trois semaines complètes sans véritables interactions sociales. J’étais isolée dans une maison, dans une ville inconnue, je consacrais 11 heures par jour à la conception de mon prochain album, je lisais, je chantais et pleurais beaucoup. Dans la solitude, je trouve un rythme, un silence, une paix, une sécurité, une prévisibilité dans laquelle je suis au top de ma créativité, dans laquelle je peux me permettre de grandes vulnérabilités, dans laquelle je peux accéder à qui je peux être et pas seulement cette version de moi que je déteste.

Je ne sais pas comment réconcilier mon besoin d’isolement et mon désir de passer du temps de qualité avec les gens que j’aime. Évidemment, je ne pourrai pas vivre dans un isolement complet 365 jours par année. Je ne le désire pas non plus. D’autant plus qu’à Montréal, réduire la fréquence de mes interactions entraine une confrontation avec mon désir de ne pas décevoir autant qu’avec les objectifs que je souhaite accomplir (particulièrement pour Zéa Calla). Après tout, je veux faire des concerts, des rencontres, des tournages, des collaborations, des entrevues…

Est-ce que je serai capable de trouver le temps et l’espace, deux ou trois fois par année, pour m’isoler complètement?

Peut-être qu’ainsi, je deviendrais meilleure pour aimer?

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